A New Dreyfus Affair in Canada

Crime: Arab and Muslim after September 11th




Phonetics lesson

FIRST OFF, a clarification: my name is Charkaoui, not Zarkaoui. "Ch" and "z" are of course both palatal fricatives; however, the former is voiceless whereas the latter is voiced. This word of caution is addressed to all suffering from paranoia, if not to say simple incompetence, both here and overseas.

He, according to rumours, directs the Iraqi resistance in Falluja and is the brain behind a plethora of attacks across the globe. I, on the other hand, have, to date, directed no more than a 2 for 1 pizzeria and the only "attacks" in which I have dabbled in the past were on the reserve of certain uptight women.

He, according to the unbridled imagination of the embedded media, has instigated repeated explosions; the only "bomb" to which I wish to contribute is demographic! My wife and I ardently hope to at least double the number of children that we already have.

He, again according to Uncle Sam, spends his days mixing powder and dynamite. I am more into mixing styles; literary, of course!

Desperately seeking justice


To the proposal of the Honourable Judge S. Noel (that I should declare that I am not guilty in exchange for unconditional liberty), I respond as follows: for seventeen months, I have shouted to the four winds, to all who would hear, that I am innocent of all the charges made by CSIS, that I have never been and that I am not a member of Al Qaeda, and that I reject all forms of terrorism - including state terrorism.

And for the gazillionth time, I challenge CSIS to provide evidence to corroborate its allegations, in the context of a just and fair trial, according to the rules of international law.

I demand neither liberty nor protection but simply to be judged according to the same legal standards that apply to the worst of pedophiles and serial killers.

I demand:

- To be presumed innocent
- The constitutional right to see the so-called secret evidence
- The constitutional right to cross-examine alleged informants
- The right to appeal

I denounce:

- Secret trials
- Racial profiling
- Ex-parte and in camera sessions
- Drift towards the arbitrary
- The instrumentalisation of fear
- The blurring of the political and the juridical

Finally, I accuse CSIS of targeting Arab and Muslim communities (by means of harassment, intimidation) after 11 September, of sub-contracting torture to countries like Syria and Jordan (e.g. torture by rendition in the Arar affair).

I accuse the former Ministers Denis Coderre and Wayne Easter of having signed a security certificate against me, thereby depriving me of all my civil rights, before CSIS's allegations have been proven in an independent court.

I accuse the Ministry of Foreign Affairs of having obtained on CSIS's behalf diplomatic assurances in order to facilitate my deportation to what the Ministry of Citizenship and Immigration Canada, Amnesty International and Human Rights Watch have described as a serious risk of death, torture and cruel and unusual punishment.

I accuse the Border Services Agency, which falls under the new Ministry of Public Safety, of recommending deportation to countries which practice torture and use the death penalty.

Adil Charkaoui


[French translation is below the English version, which was published in today's (Nov 24) Le Devoir, in Montreal. Notez qu'on a re-ajouté quelques mots en parentheses a la version Le Devoir qui etait dans la lettre orginale d'Adil. SVP soyez libre a circuler, re-imprimer, mettre sur vos sites web. Please feel free to circulate, reprint, and put on your websites.]

Libre opinion: Est-ce un crime d'être
arabe et musulman après le 11 septembre 2001?

Edition du mercredi 24 novembre 2004 (Le Devoir)

Adil Charkaoui, père de deux enfants et étudiant en littérature française, est détenu depuis près de 18 mois dans une prison de Montréal. Il n'a jamais été reconnu coupable, ni même accusé d'aucun crime. En vertu d'un «certificat de sécurité», le gouvernement a le pouvoir d'emprisonner des réfugiés et des résidants permanents sans accusation, sur la base de preuves secrètes. Privé de sa liberté ainsi que de son droit à la présomption d'innocence et à un procès juste et équitable, M. Charkaoui, tout comme quatre autres hommes musulmans détenus en vertu d'un certificat de sécurité, fait face à l'expulsion même s'il existe de sérieux risques de torture.

Dans sa toute première lettre au public, écrite depuis la prison, M. Charkaoui s'inspire de la célèbre lettre d'Émile Zola, J'accuse, écrite en 1898 en rapport avec l'affaire Dreyfus. Dans une France où régnait un climat profondément antisémite, Dreyfus, d'origine juive, avait servi de bouc émissaire pour satisfaire certains intérêts politiques. Dreyfus avait subi un procès devant une cour martiale secrète. Faisant le parallèle avec son propre cas, M. Charkaoui s'inspire de deux incidents récents : ses codétenus qui lui ont demandé s'il était relié à Zarqaoui, de la résistance irakienne à Fallouja, et une remarque du juge lors d'une récente audience, comme quoi un simple plaidoyer d'innocence de la part de Charkaoui serait suffisant pour le voir enfin libéré.

Voici cette lettre.

J'accuse

Tout de go, une précision : mon nom est Charkaoui et non pas Zarqaoui. Les sons ch et z sont certes des constrictives palatales; cependant, la première est sourde tandis que la seconde est sonore. Cette mise en garde s'adresse à toutes les personnes souffrant de paranoïa, pour ne pas dire d'incompétence tout court, et ce, ici comme à l'étranger.

Lui, selon des rumeurs, dirige la résistance irakienne à Fallouja et est le cerveau d'une pléthore d'attentats à travers le monde. Moi, je n'ai jusqu'à maintenant dirigé qu'une pizzéria «2 pour 1», et les seuls attentats dans lesquels j'ai trempé par le passé sont des «attentats» à la pudeur de quelques midinettes à la morale rigoriste !

Lui, selon l'imagination débridée des médias de l'embedment, est l'instigateur de boums à répétition. Moi, le seul boum auquel je veux contribuer, c'est le boum démographique ! (Ma femme et moi souhaitons ardemment au moins doubler le nombre d'enfants que nous avons déjà.)

Lui, toujours selon l'oncle Sam, passe ses journées à mélanger poudre et dynamite. Moi, je fais plus dans le mélange des genres, littéraires bien entendu !

Recherche justice désespérément

A la proposition de l'honorable juge S. Noèl (plaidoyer de non-culpabilité en échange de la liberté inconditionnelle), je réponds par ce qui suit : depuis 17 mois, je crie sur toutes les tribunes à qui veut l'entendre que je suis innocent de toutes les accusations du SCRS, que je n'ai jamais été et que je ne suis pas membre d'al-Qaïda et que je rejette toute forme de terrorisme -- y compris celui des États.

Et pour la énième fois, je défie le SCRS de fournir des preuves corroborant ses allégations dans le cadre d'un procès juste et équitable selon les règles du droit international.

Je ne demande ni la liberté ni la protection mais à être jugé selon les mêmes règles de droit qui s'appliquent aux pires des pédophiles ou tueurs en série.

Je réclame :

- la présomption d'innocence;
- le droit constitutionnel de voir lesdites preuves secrètes à mon encontre;
- le droit constitutionnel de contre-interroger les prétendus délateurs;
- le droit d'appel.

Je dénonce :

- les procès secrets;
- le profilage racial;
- l'ex-parte et le huis clos;
- la tentation de l'arbitraire;
- l'instrumentalisation de la peur;
- l'imbrication du politique et du juridique.

Enfin, j'accuse le SCRS de cibler les communautés arabe et musulmane (harcèlement, intimidation... ) après le 11 septembre 2001, de sous-traiter la torture dans des pays tels la Syrie ou la Jordanie (comme la «torture par procuration» dans l'affaire Maher Arar).

J'accuse les ex-ministres Denis Coderre et Wayne Easter d'avoir signé contre moi un certificat de sécurité me privant de tous mes droits civils sans que les allégations du SCRS soient prouvées par un tribunal indépendant.

J'accuse le ministère des Affaires étrangères d'avoir obtenu en faveur du SCRS des garanties diplomatiques afin de faciliter ma déportation vers ce que le ministère de la Citoyenneté et de l'Immigration Canada, Amnistie internationale et Human Rights Watch ont qualifié de risque majeur à la vie, torture et traitement cruel et inhumain.

J'accuse l'agence des services frontaliers, qui relève du nouveau ministère de la Sécurité publique, de cautionner la déportation vers des pays pratiquant la torture et appliquant la peine de mort.

Adil Charkaoui


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